L'UE soutient les gigafactories d'IA

Author auto-post.io
17/12/2025
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L'UE soutient les gigafactories d'IA

L’Union européenne a pris une décision décisive à la fin de 2025 pour soutenir une nouvelle génération de gigafactories d’IA, d’immenses centres informatiques à haute densité de puces conçus pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle de pointe à l’échelle continentale. Par une combinaison de nouvelle réglementation, d’engagements publics massifs et d’un nouveau partenariat avec le Groupe Banque européenne d’investissement, Bruxelles vise à ancrer l’infrastructure d’IA de nouvelle génération au sein du bloc, plutôt que de dépendre de fournisseurs étrangers de cloud et de puces. Il s’agit là de l’un des paris technologiques industriels les plus ambitieux jamais réalisés par l’UE.

Ces gigafactories s’appuieront sur un réseau existant d’usines d’IA et de supercalculateurs financés par l’UE, mais à une échelle bien supérieure et avec un accent plus explicite sur la compétitivité industrielle et la “souveraineté technologique”. Chacune devrait héberger environ 100 000 puces d’IA de pointe, soit quatre fois la capacité des usines d’IA européennes actuelles, et être financée via des partenariats public-privé dans le cadre de l’initiative InvestAI, qui vise à mobiliser 200 milliards d’euros d’investissements dans l’IA, dont une enveloppe dédiée de 20 milliards d’euros pour jusqu’à cinq gigafactories.

Ce que l’UE entend par une Gigafactory d’IA

Dans le langage politique de l’UE, une gigafactory d’IA n’est pas une usine physique de fabrication de puces, mais un vaste centre de données et de calcul optimisé pour entraîner et servir de très grands modèles d’IA. Chaque site prévu interconnectera des grappes de calcul haute performance, des accélérateurs d’IA, un stockage massif et des réseaux spécialisés avec une orchestration logicielle avancée. Les installations sont envisagées comme des infrastructures ouvertes et partagées où startups, laboratoires de recherche, entreprises et institutions publiques peuvent accéder à une capacité de calcul qui leur serait autrement inaccessible.

Les gigafactories viendront s’ajouter au réseau existant de supercalculateurs EuroHPC et à l’initiative AI Factories. Treize usines d’IA sont déjà en cours de déploiement autour des principaux supercalculateurs européens ; les gigafactories représentent l’étape suivante, concentrant environ 100 000 puces d’IA haut de gamme par site, soit environ quatre fois la densité des usines actuelles. Elles sont destinées à alimenter des modèles de pointe pour le langage, la vision, l’apprentissage multimodal et la simulation scientifique, avec un accent particulier sur les langues européennes, les jeux de données et les usages d’intérêt public.

Contrairement aux régions cloud traditionnelles, détenues et exploitées par un seul fournisseur privé, les gigafactories d’IA de l’UE sont conçues comme des partenariats multipartites public-privé. Les États membres, consortiums industriels, organismes de recherche et opérateurs cloud joueront tous un rôle dans la conception, le financement et la gouvernance. La réglementation en discussion au Conseil lie explicitement les gigafactories au cadre juridique de l’entreprise commune EuroHPC, leur donnant un pilier dédié aux côtés des initiatives de supercalcul classique et quantique.

InvestAI et le fonds de 20 milliards d’euros pour les Gigafactories

L’épine dorsale politique et financière du plan est InvestAI, annoncé par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen en février 2025 lors du Sommet Action IA à Paris. InvestAI vise à mobiliser 200 milliards d’euros d’investissements liés à l’IA à travers l’Europe, en utilisant le budget de l’UE comme couche de réduction des risques pour attirer les contributions des États membres, des investisseurs institutionnels et du capital privé. Une enveloppe dédiée de 20 milliards d’euros est réservée spécifiquement aux gigafactories d’IA, qui seront financées via des partenariats public-privé librement inspirés de projets scientifiques collaboratifs comme le CERN.

La vision de la Commission est de financer quatre à cinq gigafactories de ce type dans l’Union, les premiers scénarios évoquant des implantations dans les grands pôles numériques et industriels tels que l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, avec la possibilité de deux sites en Allemagne. L’argent public devrait couvrir environ 30 % des coûts totaux, les 70 % restants étant apportés par des opérateurs et investisseurs privés. Ce modèle d’effet de levier reflète le programme AI Factories, où environ 10 milliards d’euros de financements publics mixtes devraient permettre de débloquer près de 100 milliards d’euros d’investissements privés dans l’infrastructure et les services liés à l’IA.

Pour transformer cet engagement politique en projets finançables, la Commission a signé un protocole d’accord avec le Groupe Banque européenne d’investissement. Dans le cadre de ce protocole, la BEI et le Fonds européen d’investissement fourniront des services de conseil aux consortiums ayant répondu à un appel informel à manifestations d’intérêt, les aidant à affiner les conceptions techniques, les modèles de gouvernance et les structures de financement en vue d’un appel formel prévu début 2026. Le Groupe BEI pourra alors compléter les subventions européennes par des prêts et des instruments de type fonds propres, réduisant encore le risque pour les investisseurs privés.

Un nouveau cadre réglementaire pour les Gigafactories d’IA

Le soutien politique aux gigafactories d’IA ne se limite pas à des annonces de financement. Le 9 décembre 2025, le Conseil de l’UE a adopté sa position sur un amendement au règlement régissant l’entreprise commune EuroHPC, afin de lui donner mandat pour établir et exploiter des gigafactories d’IA et créer un pilier quantique dédié. Ce mouvement législatif fournit l’ossature juridique pour déterminer la manière dont les gigafactories seront acquises, détenues, exploitées et cofinancées entre États participants et partenaires.

Le texte du Conseil insiste sur la flexibilité pour les États membres et les partenaires industriels tout en fixant des règles de base sur le financement, les droits de propriété intellectuelle, les conditions d’accès et la cybersécurité. Il introduit aussi des protections spécifiques pour les startups et scale-ups, qui peinent souvent à accéder à des ressources de calcul haut de gamme contrôlées par une poignée de fournisseurs cloud mondiaux. L’idée est que les ressources des gigafactories ne soient pas captées par un petit nombre d’acteurs en place, mais restent accessibles à un large éventail d’acteurs européens développant des systèmes d’IA sous le régime de l’AI Act.

En parallèle, la Commission a annoncé un futur Cloud and AI Development Act visant à tripler la capacité des centres de données de l’UE dans les cinq à sept prochaines années, en donnant la priorité à des infrastructures hautement durables. Cette loi vise à garantir que l’écosystème plus large du stockage, des réseaux et des services cloud-native puisse suivre le rythme du calcul à l’échelle gigafactory. Ce paquet s’accompagne d’autres propositions de dérégulation, dont des plans controversés pour assouplir les évaluations environnementales des projets stratégiques de centres de données et d’IA, ce qui a déclenché un vif débat sur la mesure dans laquelle l’Europe doit réduire la bureaucratie pour rester compétitive dans la course mondiale à l’IA.

Objectifs stratégiques : souveraineté technologique, compétitivité et intérêt public

Pour Bruxelles, les gigafactories d’IA ne sont pas un simple programme d’investissement numérique ; elles se situent à l’intersection de la stratégie industrielle, de la souveraineté technologique et du positionnement géopolitique. Les dirigeants européens affirment à plusieurs reprises que, sans capacité native pour entraîner et déployer des modèles de pointe, l’Europe risque de devenir dépendante de plateformes étrangères pour des services critiques dans la santé, l’énergie, l’industrie, la défense et l’administration publique. Les gigafactories, combinées au cadre réglementaire de l’AI Act, visent à donner à l’Europe à la fois les outils et les règles pour une IA de confiance, développée localement.

Un autre objectif central est d’abaisser la barrière à l’entrée pour les PME, startups et équipes de recherche européennes. Aujourd’hui, seules quelques entreprises bien capitalisées peuvent se permettre de réserver des milliers d’accélérateurs d’IA de pointe pendant des mois auprès des clouds commerciaux. En subventionnant une infrastructure partagée et ouverte, l’UE espère démocratiser l’accès au calcul, permettant aux acteurs plus petits d’entraîner de grands modèles de langage spécialisés, des modèles scientifiques ou des modèles fondamentaux adaptés aux valeurs et normes juridiques européennes. Cela s’inscrit dans une volonté plus large de garantir que les bénéfices de la diffusion de l’IA soient plus largement répartis sur le marché unique.

Enfin, les gigafactories devraient stimuler les progrès dans des domaines d’intérêt public clés. Les documents de la Commission et les consultations EuroHPC mettent en avant des applications en médecine personnalisée, optimisation du climat et de l’énergie, matériaux avancés, agriculture, mobilité et espace. Beaucoup de ces domaines nécessitent des modélisations multimodales et haute résolution, au-delà des capacités des supercalculateurs européens actuels à grande échelle. En consolidant le calcul et les données sous une gouvernance partagée, l’UE estime pouvoir accélérer ses progrès sur le Green Deal, l’Union de la santé et les agendas de sécurité, tout en renforçant sa base industrielle.

Architecture de financement et rôle de la BEI

Le protocole d’accord entre la Commission européenne et le Groupe BEI, publié début décembre 2025, est une étape clé pour rendre possible la vision des gigafactories d’IA. Selon cet accord, la BEI utilisera son InvestEU Advisory Hub et d’autres instruments pour aider les projets candidats à devenir finançables : affinement des estimations de coûts, évaluations d’impact environnemental et social, modèles de revenus et dispositifs de partage des risques. Le FEI explorera des structures de garantie et de fonds propres adaptées aux consortiums réunissant opérateurs d’infrastructures et startups natives de l’IA.

L’implication de la BEI signale aussi aux marchés que les projets de gigafactories sont alignés avec les mandats climatiques et d’innovation de la banque. Bien que chaque installation soit énergivore par conception, la banque poussera à l’efficacité maximale, à un approvisionnement électrique fortement renouvelable et à des solutions de refroidissement avancées, conformément à ses critères d’infrastructures durables. Cela est particulièrement pertinent alors que l’empreinte carbone et hydrique de l’IA devient un enjeu politique croissant : la banque doit concilier son soutien à un calcul énergivore avec la trajectoire européenne de réduction des émissions, juridiquement contraignante.

Côté financement, on s’attend à ce que les prêts de la BEI s’ajoutent aux subventions directes de l’UE via InvestAI, au cofinancement national des États hôtes et à un capital privé important. Les premières estimations de la Commission suggèrent que jusqu’à cinq gigafactories pourraient être soutenues par l’enveloppe de 20 milliards d’euros d’InvestAI, impliquant des investissements de plusieurs milliards d’euros par site. La participation de la BEI vise à attirer les investisseurs institutionnels en leur offrant des tranches de dette sécurisées et en garantissant une stabilité politique de long terme autour du programme gigafactory.

Approvisionnement en puces, écosystèmes industriels et concurrence mondiale

Derrière ces plans ambitieux se cache une réalité structurelle tenace : l’Europe ne fabrique pas aujourd’hui le volume ou la catégorie de puces d’IA de pointe nécessaires à ses gigafactories. La Commission reconnaît ouvertement qu’au moins à moyen terme, la majorité des quelque 100 000 accélérateurs par site seront importés, principalement de chaînes d’approvisionnement conçues aux États-Unis et fabriquées en Asie. Cette dépendance contraste avec la rhétorique du bloc sur l’autonomie stratégique et renforce l’urgence de la mise en œuvre de la Chips Act européenne, qui vise à doubler la capacité globale de production de puces d’ici 2030.

Dans le même temps, les gigafactories devraient servir d’ancrage à des écosystèmes plus larges d’IA et de semi-conducteurs. Pourraient s’installer à proximité des centres de calcul des opérateurs spécialisés de centres de données, des entreprises de développement de modèles, des startups d’IA appliquée et des instituts de recherche. Parallèlement, les récentes autorisations de la Commission d’aides d’État allemandes substantielles pour de nouvelles usines de semi-conducteurs exploitées par des entreprises comme GlobalFoundries et X-FAB soulignent la volonté d’élargir le rôle de l’Europe dans certaines parties de la chaîne de valeur des puces, même si les véritables puces d’IA de pointe restent largement importées pour l’instant.

À l’international, l’initiative gigafactory positionne l’UE comme un acteur plus affirmé dans la course à l’infrastructure d’IA, jusqu’ici dominée par les États-Unis et quelques grands hyperscalers cloud. Bruxelles présente son approche comme un modèle alternatif, plus ouvert : soutenu publiquement, multi-locataires, et gouverné selon les règles européennes de protection des données et de gouvernance de l’IA. Le succès n’est pas garanti, mais si les installations prévues voient le jour comme prévu à la fin des années 2020, elles pourraient offrir aux acteurs européens une base crédible pour entraîner des modèles concurrents, ou du moins complémentaires, de ceux produits dans les laboratoires américains et chinois.

Controverses environnementales et de gouvernance

Malgré un large soutien politique, la poussée pour les gigafactories d’IA a déjà suscité la controverse, notamment sur le plan environnemental. Une récente proposition de la Commission visant à simplifier les autorisations pour les projets stratégiques, y compris les centres de données et les gigafactories d’IA, permettrait aux États membres d’exempter ces développements des évaluations d’impact environnemental obligatoires. Le paquet comprend aussi d’autres mesures de dérégulation sur la déclaration des pollutions et les bases de données sur les produits chimiques, poussant les ONG environnementales à accuser Bruxelles d’un “recul vert” risquant de compromettre la santé et la biodiversité au nom de la compétitivité.

Des questions de gouvernance se posent également quant à qui contrôlera effectivement les ressources des gigafactories. Si les documents officiels insistent sur l’ouverture et l’accès équitable, un débat est en cours sur la manière d’empêcher les grands fournisseurs cloud ou champions industriels de capter la majeure partie de la capacité via des contrats de long terme. Le projet de règlement du Conseil évoque des garde-fous pour les startups et scale-ups, mais les détails des mécanismes d’allocation, des modèles tarifaires et des règles de priorité seront cruciaux pour déterminer si l’infrastructure élargit réellement l’accès ou ne fait que subventionner un nouveau club d’acteurs en place.

Enfin, les groupes de la société civile avertissent que la combinaison de vastes installations de calcul et de règles environnementales assouplies pourrait aggraver les conflits locaux sur l’utilisation des sols, la consommation d’eau et l’infrastructure énergétique. Les régions hôtes attendront des emplois et des retombées en innovation, mais pourraient aussi faire face à une pression accrue sur les réseaux électriques, à des défis de gestion thermique et à des arbitrages complexes entre développement industriel et préservation de l’environnement. La manière dont l’UE et les États membres concevront les dispositifs d’avantages communautaires, les exigences de transparence et la supervision indépendante pourrait s’avérer décisive pour l’acceptation publique des gigafactories d’IA.

À l’approche de la fin 2025, le soutien de l’UE aux gigafactories d’IA n’est plus un simple effet d’annonce ; il repose sur des propositions juridiques concrètes, une fenêtre de financement définie à 20 milliards d’euros et un partenariat avec la banque publique de développement européenne. Si les appels à projets prévus début 2026 attirent des consortiums solides et que les premières installations entrent en construction plus tard dans la décennie, l’Europe pourrait profondément remodeler la géographie de l’infrastructure d’entraînement de l’IA et offrir à ses chercheurs et entreprises une capacité de calcul sans précédent à proximité.

Cependant, l’initiative cristallise aussi certains des dilemmes les plus aigus de l’Europe : concilier ambition climatique et centres de données énergivores, réconcilier autonomie stratégique et dépendance profonde aux puces étrangères, et concevoir un modèle de gouvernance qui élargisse réellement l’accès plutôt que de renforcer les déséquilibres de pouvoir existants. Que les gigafactories d’IA deviennent la pierre angulaire d’un “continent IA” plus compétitif et fondé sur des valeurs, ou un symbole coûteux d’une politique industrielle trop centralisée, dépendra des choix de mise en œuvre que l’UE fera dans les prochaines années.

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