L'Inde propose des redevances pour les contenus utilisés dans l'entraînement de l'IA

Author auto-post.io
22/12/2025
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L'Inde propose des redevances pour les contenus utilisés dans l'entraînement de l'IA

Dans une décision décisive qui pourrait remodeler le paysage mondial de la régulation de l’intelligence artificielle, le gouvernement indien a dévoilé une proposition révolutionnaire visant à imposer le paiement de redevances pour les contenus utilisés dans l’entraînement des modèles d’IA. Cette initiative, menée par le Département pour la Promotion de l’Industrie et du Commerce Intérieur (DPIIT), vise à répondre à l’écart croissant entre la valeur immense générée par les entreprises d’IA et les créateurs dont le travail alimente ces systèmes. En rejetant les arguments passifs du « fair use » souvent avancés par les géants de la tech, l’Inde se positionne en pionnière de l’application stricte du droit d’auteur à l’ère numérique.

Le cadre proposé marque une rupture significative avec les normes mondiales actuelles, privilégiant un régime de licence centralisé plutôt que des accords volontaires ou des mécanismes d’exclusion (« opt-out »). À mesure que l’IA générative continue de collecter d’immenses quantités de données sur Internet pour construire des modèles de langage de grande taille (LLM), les décideurs indiens accordent la priorité aux droits économiques des éditeurs de presse, auteurs et artistes. Cette stratégie vise non seulement à garantir une compensation financière pour les créateurs nationaux, mais aussi à remettre en question les modèles opérationnels de grandes entreprises technologiques internationales comme OpenAI et Google sur l’un de leurs plus grands marchés de croissance.

Le cadre « Une Nation, Une Licence »

Au cœur de la nouvelle proposition indienne se trouve le concept d’une licence globale obligatoire, baptisée « Une Nation, Une Licence, Un Paiement ». Dans ce régime, les développeurs d’IA bénéficieraient d’un accès automatique aux contenus indiens disponibles publiquement à des fins d’entraînement, éliminant ainsi la nécessité de négocier individuellement avec des millions de créateurs. Cependant, cet accès s’accompagne d’un prix non négociable : un paiement de redevance statutaire devant être centralisé dans un organisme de collecte. Cette approche vise à équilibrer le besoin technologique de vastes ensembles de données avec l’obligation légale de rémunérer les titulaires de droits d’auteur.

Pour faciliter cela, le gouvernement a proposé la création d’une nouvelle entité, provisoirement appelée le Collectif des Redevances pour le Droit d’Auteur dans l’Entraînement de l’IA (CRCAT). Cet organisme serait chargé de collecter les redevances auprès des entreprises d’IA et de les redistribuer aux ayants droit, allant des grands groupes de médias aux musiciens et écrivains indépendants. La centralisation de ce processus vise à réduire les coûts de transaction élevés et la complexité juridique qui surviendraient si chaque créateur tentait de poursuivre individuellement les entreprises d’IA.

Fait crucial, la proposition suggère que ces redevances pourraient être indexées sur le chiffre d’affaires mondial des entreprises d’IA, et non seulement sur leurs revenus en Inde. Cette disposition souligne la volonté du gouvernement de capter une part équitable de la valeur générée par ces plateformes mondiales, arguant que les données indiennes contribuent de manière significative à l’intelligence et aux capacités globales des modèles commercialisés dans le monde entier. En rendant la licence obligatoire, l’État supprime de fait la possibilité pour les entreprises d’IA de contourner le paiement tout en s’assurant qu’elles ne peuvent être empêchées d’accéder aux données nécessaires.

Rejet du fair use et des modèles d’opt-out

L’approche de l’Inde contraste fortement avec les cadres réglementaires actuellement débattus ou mis en œuvre dans d’autres grandes juridictions. Aux États-Unis, le débat juridique s’est principalement concentré sur la doctrine du « fair use », les entreprises d’IA arguant que l’entraînement des modèles sur des données protégées par le droit d’auteur est transformateur et donc exempté de licence. La proposition indienne rejette explicitement cette défense pour l’IA commerciale, établissant que l’exploitation systématique d’œuvres créatives à des fins d’entraînement nécessite une compensation.

De même, la proposition indienne écarte le modèle d’« opt-out » privilégié par l’Union européenne, où les créateurs doivent signaler activement s’ils ne souhaitent pas que leur contenu soit utilisé. Les décideurs indiens estiment qu’un tel système fait peser une charge injuste sur les créateurs, qui doivent surveiller Internet et protéger leur travail contre les robots d’indexation automatisés. Au contraire, la charge est transférée aux développeurs d’IA, qui doivent payer pour tout ce qu’ils utilisent, garantissant que le silence d’un créateur ne vaut pas autorisation gratuite.

Ce rejet des modèles réglementaires occidentaux souligne la détermination de l’Inde à tracer sa propre voie en matière de gouvernance numérique. En écartant l’ambiguïté du « fair use » et l’impraticabilité des opt-outs, le gouvernement mise sur un modèle « hybride » qui garantit l’accès à l’innovation tout en imposant le paiement pour l’équité. Cela revient à traiter les données comme une matière première devant être rémunérée, au même titre que l’électricité ou le matériel informatique, plutôt que comme une ressource publique gratuite.

Implications économiques pour les médias et les géants de la tech

Les implications financières de cette proposition sont profondes tant pour l’écosystème médiatique indien que pour les géants mondiaux de la technologie. Pour les éditeurs de presse et les industries créatives indiennes, qui se plaignent depuis longtemps de la récupération de leurs contenus sans rémunération, cette régulation offre une bouée de sauvetage potentielle. Elle promet un nouveau flux de revenus stable, qui reconnaît la valeur du journalisme de qualité et des œuvres originales à l’ère de la désinformation et des médias synthétiques.

Pour les géants de la tech, la proposition introduit un nouveau coût opérationnel significatif. Des entreprises comme Google, Microsoft et OpenAI seraient soumises à une obligation statutaire de partager une partie de leur chiffre d’affaires global si elles souhaitent continuer à opérer légalement sur le marché indien. Étant donné que l’Inde représente une base d’utilisateurs massive et une source critique de données d’entraînement diversifiées, se retirer du marché n’est probablement pas une option viable. Par conséquent, ces entreprises pourraient être contraintes de repenser leurs stratégies de conformité à l’échelle mondiale.

En outre, cette initiative pourrait servir de précédent pour d’autres économies émergentes qui exigeraient des modèles similaires de partage des revenus. Si l’Inde parvient à mettre en œuvre une redevance indexée sur le chiffre d’affaires mondial, cela remet en cause le modèle actuel de la Silicon Valley du « move fast and break things », forçant une transition vers une approche plus régulée et partenariale avec les industries de contenu. Cela pourrait réduire les marges bénéficiaires des entreprises d’IA, mais aboutir à un écosystème plus durable où la créativité humaine est soutenue financièrement.

Défis de mise en œuvre et d’application

Malgré la clarté de l’intention de la proposition, la mise en œuvre s’annonce semée d’embûches techniques et logistiques. L’un des principaux obstacles sera le suivi et l’attribution précis de l’utilisation des données. Déterminer exactement quels contenus ont été utilisés pour entraîner un modèle spécifique, et dans quelle mesure ils ont contribué à ses résultats, est une tâche techniquement complexe que l’industrie de l’IA elle-même peine à définir de manière transparente. L’organisme de collecte proposé devra disposer d’outils d’audit sophistiqués pour vérifier les déclarations et répartir équitablement les redevances.

Il existe également un risque de résistance de l’industrie et d’effets négatifs potentiels sur l’innovation locale. Les startups indiennes développant leurs propres LLM pourraient considérer le paiement obligatoire de redevances comme un obstacle à l’entrée, risquant ainsi de freiner la croissance d’un secteur national de l’IA. Les critiques soutiennent que si la régulation vise les géants mondiaux, elle doit être soigneusement calibrée pour ne pas étouffer les petits acteurs locaux qui n’ont pas les ressources financières de leurs homologues américains.

Enfin, la définition du « chiffre d’affaires mondial » comme base de calcul des redevances risque de faire l’objet de vives contestations juridiques. Les entreprises technologiques pourraient arguer qu’il s’agit d’un dépassement de compétence de taxer leurs revenus mondiaux pour l’utilisation de données indiennes. Le gouvernement devra élaborer des cadres juridiques solides pour résister à l’arbitrage international et garantir que le mécanisme de calcul et de collecte de ces redevances soit transparent, défendable et applicable sans déclencher de guerre commerciale.

La proposition d’instaurer des redevances obligatoires pour les contenus utilisés dans l’entraînement de l’IA représente une affirmation audacieuse de la souveraineté numérique de l’Inde. Elle vise à corriger le déséquilibre de pouvoir entre des algorithmes avides de données et les créateurs humains qui les alimentent, offrant une solution inédite à un problème mondial. Bien que les obstacles techniques et juridiques soient importants, l’initiative indique que l’ère de l’accès libre et sans entrave au savoir mondial à des fins commerciales pourrait toucher à sa fin.

À mesure que le processus de consultation avance, le monde observera de près si l’Inde parvient à opérationnaliser ce modèle « Une Nation, Une Licence ». En cas de succès, il pourrait servir de modèle à d’autres pays, modifiant fondamentalement l’économie de l’intelligence artificielle et garantissant que l’avenir de la technologie repose sur une juste rémunération de la créativité humaine.

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